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Conférence de Beaucamps Ligny du 30 Juin 1999

Enseigner dans une société de l’information et de la communication
  • Pourquoi l’école intégrerait-elle l’informatique, le multimédia et Internet ?
  • Plan

     

     

    Des technologies numériques omniprésentes

     

     

    Des technologies numériques omniprésentes

    L’ordinateur a envahi la société depuis trente ans

  • Bien qu’inventé au cours de la guerre 39-45, l’ordinateur s’est surtout développé au cours des trente dernières années dans la société civile. Tous les métiers sont désormais concernés. L’école n’a pas été en reste au travers du premier plan informatique pour tous (IPT) et maintenant avec le volontarisme gouvernemental affirmé depuis l’été 1997.
  • Audiovisuel, télécommunication et informatique se rassemblent

  • Les très grandes entreprises qui se sont développées dans chacun de ces secteurs sont actuellement en train de se rapprocher et de fusionner.Grâce à l’ordinateur dont la puissance augmente constamment, l’intégration de l’audiovisuel et des télécommunications est aisée.

    Internet est l’actuel résultat de ce rapprochement. Même s ’il est encore très imparfait, le chemin est tracé.

  • La numérisation est un modèle simple et efficace

  • L’ensemble " de zéro et de un " est la base de ce modèle. Bien que très rudimentaire et ne rendant que très peu compte de la complexité humaine et naturelle, ce modèle s’avère extrêmement efficace pour traiter un grand nombre de questions simples et souvent peu attrayantes. Ainsi en est-il de nombreuses tâches répétitives et peu intéressantes effectuées aujourd’hui par des machines informatiques.
  • Un développement technique inscrit dans le contexte économique libéral

  • Afin de mieux comprendre le modèle de développement de ces technologies, il est nécessaire de comprendre qu il est basé sur le modèle libéral. C’est cette logique économique qui actuellement pousse le développement de ces nouveaux outils. Les finalités sous jacentes à ce développement sont dans cette logique.

    L’avenir des TIC est lié à leur capacité à générer des flux financiers, davantage qu’à servir en premier l’être humain

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    L ’information et la communication moteur du développement

    L’information et la communication moteur du développement

    L’informatique ce n’est pas l’information

  • Le sens du mot information s’est trouvé modifié par l’arrivée de l’informatique. En effet, la machine à traiter l’information ne traite en réalité que des signaux sans leur donner de sens. Dans le sens habituel donné au mot information, c’est le contenu, le sens qui compte, pas la forme. Traiter un message, le modifier, techniquement, ce n’est pas lui donner sens, c’est juste lui donner une apparence nouvelle.
  • L’interactivité ce n’est pas la communication

  • Le fait de pouvoir interagir avec une machine ne doit pas laisser croire qu’il y a communication. Il y a échange de signes mais préalablement codés et organisés dans des buts précis par les concepteurs de l’outil.

    La communication s’appuie essentiellement sur l ’être humain. Elle est d’ailleurs souvent mélangée avec l’information (à tort). Elle est avant tout une confrontation entre deux pensées, deux histoires, deux personnes.

  • L’information ce n’est pas le savoir

  • De nombreux exemples récents ont pu laisser croire qu’il suffisait qu’une information soit émise pour qu’elle soit sue, connue. De nombreux groupes de pression s’expriment et restent inconnus. Les informations affichées dans la salle des enseignants ne sont souvent pas lues. Il ne suffit pas de mettre sur Internet de l’information pour que les élèves deviennent détenteurs de savoirs nouveaux. C’est oublier ce qu’est apprendre.
  • L’interactivité ce n’est pas l’interaction

  • Le rôle de l’interaction dans l’apprentissage n’est plus à démontrer. On entend souvent dire que l’ordinateur est efficace pour apprendre grâce à l’interaction avec la machine. La confusion entre l’interaction humaine et l’interaction machinique est fréquente. Or il s ’agit d’interactivité, c’est à dire la possibilité de diriger le comportement de la machine, tout au moins suivant le degré de liberté laissé par le concepteur de la machine et pas au delà.
  • La société qui se construit est fondée sur l’information et la communication

  • La place prise par l’information dans le processus de développement économique est perceptible au travers des emplois créés. La mise en place des réseaux d’ordinateur ajoute à la circulation de l’information la possibilité de communiquer avec d’autres personnes par l’intermédiaire de la machine, celle-ci n’étant alors qu’un simple véhicule d’information.
  • Une école en quête de légitimité

    Une école en quête de légitimité

    L ’instituteur était le vecteur du savoir de la collectivité sociale

  • Jusqu’au début des années 60 la place des enseignants dans la société a été incontestable. En tant que porteur du savoir dans des milieux pour lesquels ils étaient la seule ressource, leur rôle était essentiel. Le développement des médias audiovisuels dans le grand public, l’élévation du niveau d’enseignement, ’aspiration à la réussite sociale ont remis en question la place des enseignants dans leur mission initiale.
  • L’école était le vecteur de l’ascension sociale

    Pendant un siècle, l’école obligatoire a permis a de nombreuses générations de participer de façon de plus en plus active au développement de la société. Chacun a pu y trouver une élévation notable du niveau de vie et de sa position sociale. Aujourd’hui cela n’est plus vrai pour plus de deux millions et demi d’habitants de notre pays. Dans le même temps la valeur de l’argent est devenue le signe essentiel de l’élévation sociale, à la place du savoir.

    De la vocation à l’implication professionnelle, un nouveau métier ?

  • La place prise par la vocation dans l’imagerie traditionnelle sur le métier d’enseignant est encore très présente dans l’esprit de ceux qui choisissent ce métier. La demande faite aux enseignants porte désormais sur l’affirmation de leur professionnalité et leur capacité à s ’impliquer. Comme d’autres professions, celle-ci doit prendre en compte ce changement.
  • Les TIC sont les révélateurs des conflits autour de l’école

  • Les discours tenus quant à la place à donner aux technologies de l ’information et de la communication à l ’école sont révélateurs des questionnements. Certains y voient le moyen du changement tant attendu. D’autres un péril grave pour l’éducation. D’autres enfin y voient la suppression progressive du " tout enseignant " vécu à l ’école, remplacé progressivement par les machines informatiques.
  • Des enfants nés avec l’ordinateur

    Des enfants nés avec l’ordinateur

    Des générations du livre sont suivies par une génération de la télévision

  • La plupart d’entre nous a reçu une éducation fondée sur la prééminence du livre et de l’écrit comme moyen d’accéder au savoir. La génération actuelle est imprégnée de télévision dès l’enfance. La place prise par l’audiovisuel dans la relation au monde est de plus en plus importante. Distance et présence ne sont plus perçues de la même façon par les nouvelles générations.
  • L’ordinateur est la base technique de la nouvelle culture des enfants

  • Avec le développement des ordinateurs dans les familles, les enfants entrent directement dans un nouvel univers dans lequel l’audiovisuel rencontre a nouveau l’écrit. Cet univers du multimédia est d’autant plus attirant qu’il utilise le jeu comme porte d’entrée dans la vie quotidienne des enfants. L’absence de crainte chez les enfants donne un éclairage singulier sur celle des adultes. L’école ne peut ignorer cette évolution
  • L’information médiatisée se multiplie dans l’environnement quotidien

  • Après l’audiovisuel, le développement rapide des ordinateurs multimédia et des connexions à Internet met de plus en plus d’information à la portée de chacun. Cependant, comme pour les livres, cette possibilité qui est offerte concerne très inégalement les familles. Accéder à l’information est une possibilité, encore faut-il apprendre à mettre à profit ces nouveaux outils.
  • De nouveaux modes de communication et vivre ensemble se construisent

  • L ’évolution des techniques de communication entre les être humains tend toujours à réduire la distance et le temps qui séparent. Pouvoir contacter quiconque dans le monde entier, pour un faible coût et instantanément modifie la représentation que chacun peut se faire de l’autre. Le vivre ensemble change, permettant, en particulier d’effacer la perception douloureuse de la séparation de l’autre.
  • Des pratiques qui se développent

    Des pratiques qui se développent

    Des éternels innovateurs aux enseignant " Freinet ", quelles nouvelles pratiques ?

  • L ’observation des pratiques permettent d’identifier deux types d’acteurs :

    Les innovateurs qui vont mettre à profit ces nouveaux outils pour vanter l’innovation pédagogique supposée et parfois pour la mettre en œuvre.

    Les partisans de courants pédagogiques qui ont vu dans ces nouveaux moyens l’extension " naturelle " de leurspratiques habituelles. Ainsi le courant Freinet a-t-il très rapidement investi les TIC.

  • Trois modes d’usages : s’informer, communiquer, produire des savoirs

  • L’analyse des pratiques d’Internet dans les écoles permet de les analyser à partir de trois modes :

    - S’informer, c’est à dire rechercher sur Internet de l’information pour l’utiliser pour apprendre.

    - Communiquer, c’est à dire accéder à la possibilité de repousser les limites des murs de la classe et de l’école

    - Produire des savoirs, c’est à dire pouvoir proposer à tous, le produit de son travail d’apprentissage en le mettant à disposition sur un site Internet.

  • Trois outils complémentaires : l’EXAO, l’EAO, la simulation

  • Le développement du multimédia avait déjà apporté trois outils pour aider l’enseignant :

    - L’EXpérimentation Assistée par Ordinateur permettant d’effectuer des manipulations scientifiques.

    - L’Enseignement Assisté par Ordinateur favorisant la répétition, le soutien, ou l’apprentissage procédural

    - La simulation permettant d ’essayer " sans risque " de s’affronter à des situations reconstruites et maîtrisées.

  • Passer du mythe de la nouveauté à la force de l’usage efficace...

  • Le risque que représente l’attirance pour la nouveauté est bien repéré, mais il reste toujours très fort. Les technologies de l’information et de la communication n’y échappent pas. Les médias s’en sont rapidement emparé et ont promus ces outils comme des bases du changement de la société et aussi de l’école.

    Les deux années qui viennent de s’écouler montrent que les mythes sont encore très présents, jusque dans les écoles.

  • Un sens à construire

    Un sens à construire

    D’une pratique fondée sur le produit à une pratique fondée sur le processus

  • La séduction des produits multimédia ne doit pas cacher la démarche qui est sous jacente. Dans un cadre pédagogique, c’est le processus qui est la véritable activité d’apprentissage. Le multimédia et Internet attirent notre attention sur le produit fini, mais la vrai difficulté, c’est la démarche pédagogique qui s’inscrit dans un contexte d’apprentissage. Le travail de l’enseignant sera donc particulièrement attentif au processus.
  • D’une logique d’enseignement à une logique d’apprentissage

  • Si l’enseignement évalue essentiellement les produits, l’attention des enseignants se concentre de plus en plus sur les processus d ’apprentissage. Cependant il est tentant, et économique de revenir à cette logique de l’enseignement. Avec les nouveaux outils, il semble qu’il devienne essentiel et aisé de se tourner vers cette logique de l’apprentissage.
  • Du risque démagogique à une prise en compte consciente

  • Adopter les TIC dans sa classe ne doit pas être une façon de céder à un air du temps ou à une demande d ’un groupe de pression, mais bien à un engagement conscient et finalisé :
  • Conscience de la place des TIC dans notre environnement
  • Finalités qui fondent notre vision de l ’homme
  • D’une responsabilité d’enseignant à une responsabilité humaine

  • La nouvelle demande faite à l’école touche à ses fondements.

    - Les technologies de l’information et de la communication ne sont pas un gadget pédagogique de plus au service de l’enseignant.

    - Elles sont un fait social qui interroge l’école sur ses finalités, ses moyens, et ses pratiques pédagogiques

  • Conclusion