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Quelle(s) formation(s) pour prendre en compte le développement des Technologies de l’Information et de la Communication dans l’Education ?

 

 

Plan

Introduction

Constats
1.1 Pratiques d'enfants
1.2 Pratiques d'adultes

1.3 Pratiques d'enseignants
1.4 Pratiques sociales

Questions autour du développement des TIC
2.1 Quel contexte économique ?
2.2 Quels enjeux technologiques ?
2.3 Quels changements pour l'apprentissage ?
2.4 Quels engagements pris par les responsables ?
2.5 Quel sens ?

Cadres pour la décision et l’action
3.1 L'ignorance
3.2 L'acceptation passive
3.3 L'acceptation active
3.4 L'acceptation impliquée
3.5 Des exemples d'actions

Projet

4.1 Projet pour un type d'Etre au monde
4.2 Projet pour un type d'enseignant
4.3 Projet pour un type de centre de formation des enseignants
4.4 Culture, enseignement et nouvelles technologies


Introduction
L'évolution de la place des TIC dans la société et dans l'éducation amène à se poser la question des formations à mettre en place. Dans le cadre de la formation initiale, cette question se pose à deux niveaux : quelles compétences développer chez les futurs enseignants ? comment construire des formations initiales de maîtres qui prennent en compte ces évolutions ?
Pour travailler avec vous cette question je vous propose quatre parties :
- Quels constats peut-on faire aujourd'hui ?
- Comment le développement des NTIC ouvre des questions essentielles ?
- Que peut-on observer actuellement ?
- Quelle mise en projet est donc possible ?

1 Constats

Pour commencer, il est nécessaire de faire un tableau général des pratiques afin de comprendre ce qui se passe actuellement au delà des effets présentés dans les médias. A partir de pratiques d'enfants, d'adultes, d'enseignants, on observera l'articulation possible avec des pratiques sociales (considérées comme les pratiques qui concernent le champ hors de l'école, c'est à dire familiales et professionnelles)

1.1 Pratiques d'enfants

L'attirance des jeux
Les jeunes entrent dans les nouveaux médias par le jeu. La notion de jeu ne doit pas seulement faire référence à la culture du loisir. En fait le jeu participe bien de la construction de l'équilibre psychologique, dans la mesure où les jeunes se l'approprient et nous renvoient, au travers leurs pratiques des jeux électroniques, cette simple évidence.

La machine naturelle
C'est davantage notre exotisme du jeu, en tant qu'adulte, qui rend cette pratique ex-autique chez les jeunes. Le paradoxe de la machine naturelle nous montre que pour l'enfant, l'arbre dans la nature n'a pas plus de raisons d'être que l'ordinateur ou la télévision, tant qu'il n'est pas en mesure d'en connaître l'origine.

L'acceptation du contexte
L'enfant accepte le contexte que les adultes lui proposent. Il l'assume comme une évidence incontestable, sans même chercher à le remettre en cause, mais plutôt à le faire sien dans une démarche d'appropriation de l'objet "tiers" dans le cadre de sa gestion de la relation duale affective

1.2 Pratiques d 'adultes

Découverte du numérique
Les adultes sont en phase de découverte. Il réalisent enfin que, depuis 1945, ils construisent un monde fondé sur des technologies numériques. De la télévision au téléphone, en passant par le fax et enfin l'ordinateur et le réseau, les outils se multiplient dans l'environnement quotidien sans même que nous ayons le temps d'en définir les codes au préalable. Ceci est en fait une illusion. On ne construit pas des codes d'usages préalablement à l'émergence des outils techniques, mais les usages modèlent(de plus en plus) le développement des outils techniques.

Engagement contraint
Les adultes se sentent contraints, ce qui est paradoxal, car ils sont bien les auteurs, c'est à dire responsables de l'acceptation de ces technologies. Leurs craintes grandissantes face à ces outils renvoient en réalité la mesure de la déresponsabilisation de l'individu face au monde qui l'entoure. Il n'a plus la maîtrise des outils techniques qui apparaissent dans son environnement, ils les subit même

Difficulté à penser l'avenir du jeune
La difficulté à penser l'avenir des technologies de l'information et de la communication renvoie les adultes à leur responsabilité mais aussi au cadre de référence de leur action :Quel sens, quelles valeurs, quelles finalités ?

1.3 Pratiques d'enseignants

Modèles traditionnels : la forme scolaire
Les pratiques des enseignants sont des indicateurs à analyser en permanence. L'innovation n'a pas lieu d'exister en dehors de la prise en compte de cette pratique.
Si l'on observe, par exemple, la prégnance de la forme scolaire traditionnelle, on s'aperçoit que le modèle unité de lieu, unité de temps, unité d'action et porte fermée reste dominant. Toutefois, les enseignants se trouvent contraints dans leur pratique par des paramètres techniques et culturels qui freinent les évolutions possibles.

Le poids de l'évaluation certificative, le contrôle
Le rôle de l'évaluation des travaux d'élèves est très important pour fournir un cadre objectif aux méthodes de travail nécessaires pour parvenir aux objectifs contenus dans l'évaluation. Ce pilotage par les buts pose la question des finalités de l'enseignement et en particulier la place prise par les évaluations certificatives comme moyen de réguler l'activité scolaire.

Le poids des disciplines et de la didactique
Par ailleurs, la tradition disciplinaire, renforcée par le développement des didactiques de chacune des disciplines a, semble-t-il, morcelé de façon excessive l'enseignement, en empêchant toute tentative de dépassement des frontières disciplinaires dans l'étude des objets d'apprentissages.

L'importance du présentiel
L'espace-temps de formation a permis de rendre incontournable le face à face pédagogique ou présentiel. L'habitude d'enseignement dans cette situation enferme les enseignants dans un modèle qui pousse jusqu'à interdire la pensée de tout apprentissage en dehors de cette situation. Autoformation, formation à distance sont tout de suite traduits, dans le discours habituel, en tout ou rien de la situation pédagogique. Comme s'il s'agissait d'un affrontement entre deux approches et non pas une complémentation entre différentes situations propices aux apprentissages.

La culture des technologies, de l'information et de la communication
Enfin il convient de souligner que la culture technologique est globalement absente de la formation des enseignants. La culture de l'enseignant est essentiellement classique et formelle, ce qui amène à observer cette mise à l'écart des techniques et technologies de la base culturelle, et ce qui empêche ou freine l'introduction de celles-ci dans leurs pratiques quotidiennes banales.


1.4 Pratiques sociales

Les transformations des métiers par les TIC
Aucun métier n'est épargné, aujourd'hui par l'informatisation. Même si celui d'enseignant n'a pas eu à connaître l'impératif des secrétaires, il croise désormais régulièrement cet outil en particulier au travers les situations d'évaluation de 6è et de seconde, ou encore autour du relevés de notes sur ordinateur. C'est surtout le traitement de texte qu'il adopte le plus souvent essentiellement pour sa pratique personnelle

Les transformations des relations interpersonnelles
La transformation des métiers a été particulièrement spectaculaire pour certaines professions dont certaines ont même disparu. Au delà de ces modifications dans les métiers eux-mêmes on observe une transformation des relations interpersonnelles, en particulier dans les entreprises qui adoptent en interne les outils du groupware, à commencer par le plus traditionnel d'entre eux, la messagerie électronique. Par la possibilité d'une relation directe avec d'autres acteurs de l'entreprise, sans contrainte de hiérarchie, les flux d'informations nouveaux ainsi générés créent outre de nouvelles relations, un surcroît inattendu d'informations de toutes natures.

Le contrôle social et la liberté
Mais au travers de cette mise en relation, le mythe de " Big Brother " réapparaît au travers des possibilités d'espionnage et de contrôle rendues possibles de façon encore plus nette avec ces supports. Impression permanente d'une surveillance électronique des faits et gestes quotidiens au travers des outils comme la carte bancaire, ou la carte vital santé en cours de mise en service. Rendant possible le croisement de nombreuses informations, l'informatique en réseau permet d'imaginer un important renforcement du contrôle social à l'insu des citoyens, ainsi que le laisse suggérer l'évolution du statut et des missions de la CNIL (Commission Nationale Informatique et Liberté)

Le poids du modèle libéral
C'est le modèle économique libéral qui soutient le développement de cette technologie de l'information et de la communication. Même si la technologie peut paraître d'une certaine neutralité, les conditions et les modalités d'émergence de cette technologie s'appuient très clairement sur ce type d'économie. Les formes de développement, apparemment différentes d'un pays à l'autre, ont ce trait en commun.

L'insistance sur la société de l 'information
La société de l'information, annoncée largement dans les médias de cette fin de siècle serait l'oriflamme technologique de cette idéologie. Avançant à grand pas jusque dans l'école, comme le montre le travail de l' ERT (Niclo Hirtt, le tableau noir), le modèle économique libéral propose l'information comme marchandise clé de notre société, beaucoup plus maniable parce que immatérielle et surtout beaucoup moins évaluable sur un plan financier : que vaut en soi une information, si ce n'est l'usage potentiel que l'on pourra en faire dans la compétition avec l'autre...

2 Questions autour du développement des TIC

Le développement actuel des technologies de l'information et de la communication pose de nombreuses questions. Dans l'enseignement, le questionnement principal concerne l'articulation entre l'évolution des technologies, leur place dans la société et les finalités de l'école.


2.1 Quel contexte économique ?

L'économie de marché mondialisée
L'école a toujours des difficultés à situer sa place dans l'économie. Les discours incantatoires prennent souvent la place des études précises. Ecole investissement, école rentable, école au service de l'économie , les polémiques sont nombreuses. Le développement actuel des NTIC ouvre une nouvelle fois le dossier notamment autour du coût et de leur utilité économique.
En premier lieu, l'effet du développement de l'informatique en réseau consiste à amener la réflexion économique au niveau mondial et dans le cadre du modèle libéral de l'économie de marché. Le contraste avec l'espace classe apparaît encore davantage : lieu si restreint en regard de cet espace d'échange.

La dématérialisation du travail
Le deuxième aspect important du développement des NTIC est la dématérialisation du travail, ou tout au moins, des tâches effectuées dans le cadre de celui-ci. Avec l'apparition des nouvelles méthodes de fabrication assistées par ordinateur, les ouvriers des hauts fourneaux ont vu leur métier passer d'une souffrance physique à une souffrance intellectuelle, d'une appréciation kinesthésique et concrète de la tâche à une appréciation visuelle et abstraite. Ce changement a déstabilisé l'entreprise et révélé les écarts de sens et de compréhension du monde environnant, devenu tout d'un coup virtuel, représenté.

De la concurrence à la collaboration
Le contexte actuel amène de plus en plus d'entreprises à rechercher des synergies, des réseaux d'entraide, des regroupements, etc. Au delà de la concurrence, mode maintenant bien établi, se révèlent les modèles de la collaboration, du partenariat, de la coopération. Ce changement de point de repère oblige à envisager l'autre non seulement comme un rival, mais aussi comme un allié potentiel. Ainsi pourrait-il en être de nos établissements d'enseignement et de formation.

Les nouvelles pauvretés
Enfin, et c'est une question essentielle, si les modèles économiques peuvent se développer rapidement dans les pays occidentaux, ils sont aussi en train de créer de nouvelles pauvretés. La société de l'information maintient à distance ceux qui ne l'intègrent pas. Apparaissent ainsi de nouvelles pauvretés individuelles face aux trajectoires professionnelles possibles , de nouvelles pauvretés collectives face aux possibilité de développement des groupes sociaux et des sociétés.


2.2 Quels enjeux technologiques ?

La domination par la maîtrise des technologies
On observe qu'autour du développement de l'ensemble des technologies, de très gros enjeux économiques et politiques pèsent.
Le premier enjeu est la domination par la maîtrise des TIC. Le journaliste, le politique, l'enseignant savent bien, inconsciemment ou pas, que leurs métiers sont en pleine révolution du fait de ces nouveaux outils. Leur récente apparition dans la sphère civile et professionnelle provoque en premier lieu des phénomènes d'investissements par phagocytage. Il s'agit "d'intégrer" dans les pratiques existantes ces outils afin de les posséder au moindre coût (financier et humain) et surtout de les modeler à nos pratiques traditionnelles. Au delà de cette période de tentative de prise de contrôle vont probablement émerger de nouvelles pratiques et donc de nouveaux pouvoirs...

Le numérique, modélisation technologique
Cette lutte pour maintenir des pouvoirs qui assurent la pérennité de l'identité professionnelle de chacun a lieu dans un espace dont le modèle est extrêmement réducteur : celui du numérique. En effet, la représentation du monde proposée par ces technologies est fondée sur un modèle binaire que l'histoire de la pensée nous a appris à considérer comme très limité. D'Aristote à Galilée, cette querelle rebondit et aujourd'hui encore, les tentatives de modélisation de la pensée humaine par le numérique ont montré leurs limites en particulier dans le cas de l'intelligence artificielle.

Le devenir par la biologie ou par l'électronique
C'est du côté de la recherche en biologie, et en particulier les recherches sur les modèles de développement du chromosome que se placent les recherches les plus prometteuses pour proposer de nouveaux modes de représentation et de compréhension du monde. Ces travaux devraient amener à un futur de machines encore inconnues aujourd'hui, mais dont les bases mettront à mal le modèle numérique.


2.3 Quels changements pour l'apprentissage ?

La constitution du champ des sciences cognitives
L'introduction des médias au cours de la deuxième moitié du siècle n'est pas sans conséquences sur le rapport de chaque individu à l'acte d'apprendre. Par ailleurs, une meilleure connaissance des fonctionnements mentaux permettent d'envisager une mesure plus précise de ces changements.
Le développement des sciences cognitives et surtout leur constitution en champ de recherche spécifique et multidisciplinaire est révélateur d'un tournant important de la compréhension du fonctionnement du cerveau. Après une approche topique et descriptive, on aborde actuellement une conception dynamique et en forme de processus complexes des fonctionnements du cerveau.

Le cerveau n'est pas celui qu'on pensait
La notion de plasticité du cerveau, tout au long de la vie, révélée au cours des années 80 a mis à mal les nombreuses hypothèses émises sur le dépérissement des capacités intellectuelles à partir de la 25è année de la vie. Ce changement de conception, fondé sur des recherches très fécondes a évidemment réduit l'idée de potentiel intellectuel pour la vie. La formation initiale, fondée sur cette idée devient caduque. Il faut considérer désormais que le cerveau est en permanence en restructuration (principalement en suivant le principe économique d'optimisation en fonction du contexte). L'idée de formation initiale n'a plus le même sens et oriente l'action des ses acteurs vers le développement de potentiels et non seulement de compétences directement opérationnelles.

Les pratiques des NTIC modifient les rapports au savoir
Le développement des NTIC dans toutes les sphères de la vie, privée, publique et professionnelle, amène chacun à rencontrer différemment les savoirs. Ceux-ci sont de plus en plus disponibles, à la demande (Internet) ou non (télévision). Multiplication des canaux, accès direct sans filtrage sont des nouveautés qui ne sont pas sans conséquences sur la perception du monde et la construction des connaissances. L'individu est ainsi engagé dans un processus qui peut être de plus en plus dépendant de son intention et de moins en moins de celle de son contexte contraignant. L'étude de la circulation des flux d'informations dans les structures, entreprises, établissements scolaires ou centres de formation, montre que la mutation est en cours, même si un certain désordre émerge dans un premier temps provoquant des crises importantes (une entreprise en grève en une demi heure à cause de la messagerie électronique).

Le rapport au monde engagé dans une mutation
Une perception nouvelle du monde va-t-elle pouvoir modifier radicalement le rapport au monde, et l'Etre au monde de chacun. Cette question, fortement d'actualité dans les périodes de crises (guerre etc...), est en fait en permanence présente, mais de façon beaucoup moins spectaculaire dans le quotidien.


2.4 Quels engagements pris par les responsables ?

Le volontarisme des autorités
Pour faire face à ces changements, il est demandé aux responsables de prendre des engagements. Au delà de ces responsables, c'est à chaque personne de réfléchir à son engagement face à ces nouveaux outils, tant leur développement est lié à l'action de chacun de nous. Afin de pouvoir se situer, le responsable local cherche des indices pour aider sa prise de décision.
Le premier indice est la prise de position de ses propres responsables. Ainsi le volontarisme du ministère est-il relayé par celui de certains responsables de collectivités territoriales ou encore par celui des instances de coordination des structures. La peur de rater une étape (on aurait raté la révolution de l'audiovisuel) incite le décideur à promouvoir une action autour des NTIC, qui se traduit le plus souvent par un achat signifiant, mais pas toujours finalisé dans un véritable projet prospectif et pédagogique.

L'engouement médiatique/politique
Les médias prennent aisément le relais des politiques pour inventer des vertus aux techniques. On peut observer comment "les médiateurs sociaux" actuels ont pris en main les NTIC. J'appelle médiateur social, un acteur social ayant une responsabilité dans l'éducation, l'information et la régulation collective des prises de décisions et de leur mode de connaissance. Les journalistes, les politiques et les enseignants sont, selon moi, les plus importants de ces médiateurs sociaux. Le risque qu'ils ressentent face à l'irruption de ces technologies les incite à en prendre possession pour en faire des outils qui leur permettront de garder leur position sociale. Par ailleurs, ils ont très rapidement compris que leur place dans la société pourrait changer si d'autres qu'eux s'emparaient de ces outils. En conséquence ils sont donc contraints de les utiliser ou au moins à en contrôler l'utilisation (ou la non utilisation).

Implanter des technologies, décréter des usages
La récence de ces technologies et le faible nombre d'études sérieuses de leur impact sur l'apprentissage a amené un certain nombre de responsables à décréter des implantations et les usages qui vont avec. Ainsi, on a vu des équipements arriver dans les établissements et lors de l'installation, les choix faits ont induit les pratiques pédagogiques pouvant les accompagner. Exemple : Un établissement primaire s'est vu doté d'une salle multimédia de 15 postes avec le mobilier. Cette salle était fondée sur le modèles des postes de travail bureautique professionnels : un enfant un ordinateur et pas de place pour le travail de groupe ou le travail personnel sans ordinateur. La directrice n'ayant pas les locaux adaptés a dû se résigner à installer les appareils dans une petite pièce au sous sol de l'établissement, dans laquelle l'aération est limitée et la surface juste suffisante pour le déplacement des élèves à l'entrée et à la sortie de la séance. On ressent bien la contrainte d'usage qui pèse ici, en lien avec des choix techniques.

Des technologies anarchisantes
L'inquiétude qui monte quant aux technologies les plus récentes, c'est la perte de contrôle des adultes sur les activités potentielles des enfants. Ce ressenti se traduit par des remarques à plusieurs niveaux : maîtrise technique de l'outil, maîtrise de la progression des élèves, maîtrise des contenus que peut manipuler l'élève. Le propre des technologies récentes de la communication est de proposer beaucoup plus de sources incontrôlées et d'en donner l'initiative de plus en plus grande à l'utilisateur : de l'unique chaîne de télévision au bouquet(métaphore étonnante) satellite, de l'ordinateur isolé au réseau Internet.

Le contexte spécifique de l'enseignement catholique
L'enseignement catholique lui même se trouve au centre d'un débat important : entre le volontarisme de responsables nationaux et la traditionnelle initiative des acteurs locaux, quel chemin prendre ? Toutefois, les difficultés rencontrées pour le déploiement des projets ne doit pas cacher la réalité du travail des acteurs locaux. Outre les initiatives nationales autour de Scolanet et de Kalliope, mais dont on connaît les difficultés de diffusion, de nombreux enseignants et formateurs ont, depuis longtemps, des pratiques issues souvent des anciens programmes de formation qui avaient mis en route des projets mais dont la maturité a mis un certain temps à éclore.
Enfin l'aide de collectivité territoriales, très mal répartie sur l'ensemble du territoire, a contraint les établissements, soit à attendre, soit à suppléer à l'absence de moyens financiers d'origine externe, par des solutions privées.


2.5 Quel sens ?

Un modèle de rapports sociaux
A partir de ces constats, le sens pris semble difficile à percevoir. On peut au moins repérer des questionnements et des pistes dans plusieurs domaines.
Du côté des rapports sociaux entre les individus, il y a une tradition de renforcement des écarts par le développement des technologies. Les technologies numériques ne semblent pas y échapper et accompagnent un mouvement de mondialisation et de libéralisation économique. En faire une cause ou une conséquence n'est pas le propos. Mais il s'agit de souligner ici la convergence des faits et de questionner cette place tenue par des outils nouveaux dont le développement est largement promu par ceux qui sont en position de domination sociale.

Un modèle de rapport au savoir
La traditionnelle confusion entre démocratisation et massification n'échappe pas à l'observateur des industries de la connaissance. Internet et le multimédia ne libèrent pas l'accès à l'information, pas plus que le livre à l'époque de Gutenberg. Cependant, la question que posent ces nouveaux outils est la construction possibles de nouvelles formes d'appréhension des savoirs. Au travers la surface de l'écran, l'immédiateté du message, son aspect multimodal, n'y a-t-il pas là une façon nouvelle d'aller au savoir ? De récents travaux mettent l'accent sur les contraintes formelles de ces nouveaux outils qui pèsent sur la possibilité de lecture, d'accès et de compréhension des contenus. La construction chez les jeunes de nouveaux modes d'apprendre est probable, mais leur identification est pour l'instant impossible.

Un modèle de rapport au travail
Les rapports au travail eux ont complètement changé dans la pratique quotidienne et aussi dans la représentation mentale de la place du travail dans la vie. La précarisation des tâches et des emplois, la complexification des opérations, aidées par l'informatique a rendu obsolètes de nombreuses personnes jadis fort utiles dans le monde du travail. Même si un effort important a porté sur l'accompagnement des mutations, il semble que les changements soient fondamentaux pour une grande partie de la population. Ce sont surtout les métiers " intermédiaires " qui ont été touchés, rangeant ainsi les anciens guichetiers de banque, par exemple, dans la galerie des vieux métiers, et transformant le réparateur mécanique en agent informatique spécialiste du pilotage à distance.

Un modèle de rapport à la sphère privée
En même temps, la vie privée a subi une mutation progressive avec la perte des séparations entre espace privé et espace public. De même que la précarisation de l'emploi, la structure familiale traditionnelle est plus mobile. Les relations internes à la famille sont en cours de modification sous l'effet de l'usage de plus en plus large des nouveaux outils. On peut penser qu'une précarisation des liens se renforce d'un usage des outils de communication instantanée, comme si l'un devait compenser l'autre.

Un sens en cours de construction
La lente stabilisation des outils nouveaux, l'apparition très rapide de nouvelles formes d'usage des TIC ne permet pas actuellement de percevoir la direction prise dans l'appropriation de ces outils par les utilisateurs. Toutefois les acteurs qui témoignent actuellement sur leurs pratiques semblent laisser entrevoir de nouvelles formes de vie en société qui intègre la dimension de ces nouveaux outils. Il est à prévoir de l'inattendu… La façon dont les technologies se développent et se diffusent est largement tributaire des utilisateurs qui valideront ou non des usages. La perception du sens de ces actions est toujours plus aisé à posteriori, et les impulsions du début sont souvent démenties.


3 Cadres pour la décision et l'action

De nombreuses attitudes sont possibles face à l'irruption de nouveauté dans le champ éducatif. Chacun de nous peut sentir à ce sujet qu'il vaut mieux prendre telle ou telle attitude. Dans cette partie nous allons, à partir de l'observation d'attitudes rencontrées chez les enseignants et les formateurs essayer de décrypter la signification de ces postures. Quatre degrés nous ont semblé pertinents - l'ignorance, l'acceptation passive, l'acceptation active, l'acceptation impliquée - avant d'essayer de fournir des illustration par des modalités d'action. Plusieurs auteurs ont écrit sur les attitudes face à l'innovation. Certains se sont penchés sur la capacité des enseignants à innover. Sans vouloir reprendre telle ou telle approche, nous nous en sommes inspirés pour définir les catégories.


3.1 L'ignorance

Ne pas se sentir capable de
Dans le discours relevé autour d'une attitude d'ignorance, feinte ou passive, on relève des expressions qui sont révélatrices.
Le " je ne me sens pas capable de " accompagne souvent un discours fataliste sur le fossé intergénérationnel. L'enseignant a en général des difficultés à accepter de rentrer dans un nouvel apprentissage qui nécessite une certaine persévérance. Par ailleurs la résistance d'une technique est encore plus inacceptable quand elle met en péril l'enseignant face aux groupes de jeunes.

Ne pas vouloir
Le " je ne veux pas " relève davantage d'une posture idéologique, qui masque parfois d'autres sentiments comme la peur. Il y a de réelles oppositions à ces outils qui sont d'autant plus fondées qu'elles s'expriment dans des contextes marqués par des expériences désastreuses. En général, l'opposition radicale est davantage un souci d'attentisme qu'un refus brutal, elle est souvent suivie d'une participation positive au débat.

Ne pas y arriver
Le " je n'y arrive pas " est plutôt à situer dans le champs psychologique. L'expression d'un tel désarroi se trouve souvent chez des enseignants dont l'approche des technologies nouvelles s'accompagne d'un sentiment de crainte coupable, exprimée par des phrases du genre : " à chaque fois que je suis sur ces appareils c'est sur moi que tombe celui qui ne marche pas ". En fin de journée de formation il n'est pas rare de voir cet enseignant sortir en larmes ou quitter prématurément la session pour " sécher ses yeux " fatigués par l 'écran.

Ne pas avoir les moyens
Le leitmotiv " on n'a pas les moyens " est rituel. Il sert en fait de propos préalable, sorte de palabre, à toute action nouvelle possible. Permettant de ne pas aborder les questions posées, cet argument permet de verrouiller l'action de l'équipe, et de justifier par l'extérieur ce qui est souvent un refus de changer.
Cette position d'ignorance est donc à nuancer. Les enseignants utilisent ces arguments davantage pour marquer un premier territoire que pour refuser systématiquement tout changement.

3.2 L'acceptation passive

C'est le progrès
On remarque souvent que les propos tenus sur les TICE montrent une forme de résignation chez ceux qui les tiennent. Cette attitude est une des plus difficiles à gérer, car elle montre une force d'opposition bien supérieure à celle d'une ignorance.
En acceptant les changements d'un " c'est le progrès ", celui qui s'exprime ainsi se met en spectateur. Cette posture permet une distanciation forte, quasi idéologique, qui entraînera immédiatement un refus de s'y mettre.

C'est bien pour la génération qui suit
L'argument générationnel accompagne très souvent le précédent. Attitude déresponsabilisée, cette position permet de ne pas se poser en auteur de ces nouveaux outils. De fait, on ne l'est pas directement, mais cependant l'action collective participe de cette émergence, et l'appartenance à un groupe social implique une co-responsabilité.

Nos enfants sont plus doués
Le constat de performance des jeunes sur ces nouveaux outils est le corollaire de celui de non performance de l'adulte. Cette fatalité, permet de donner une valeur universelle au refus exprimé d'adopter ces outils. En inscrivant dans le temps cette phrase, leurs auteurs rendent définitif l'impossibilité d'introduire de nouveaux outils dans les pratiques.

Il faut laisser cela aux volontaires
En laissant la place au volontaire, celui qui refuse donne bonne conscience au système et se rassure. Il constate quand même que certains acceptent ces outils et les introduisent dans leurs pratiques, mais adopte un principe de régulation lui permettant de se faire oublier.
Cette attitude est extrêmement répandue, près de 50% dans les groupes d'enseignants. Toutefois, un certain nombre de contraintes peuvent permettre des changements tels que l'évolution des instructions officielles.

3.3 L'acceptation active

J'essaie pour moi
Dans un démarche progressive, on voit apparaître une attitude qui va de l'appropriation personnelle à l'intégration des outils nouveaux dans les pratiques d'enseignement. La volonté d'essayer pour soi est souvent étayée par une problématique familiale : dans la famille il y a un des membres qui a besoin de l'ordinateur pour son activité professionnelle ce qui amène l'enseignant à s'intéresser à l'outil et à explorer ses possibilités.

Je regarde ce que font les jeunes
C'est souvent en regardant leurs enfants agir que les adultes ont pu entrer dans ce monde, s'appuyant sur leurs compétence pour développer celles dont ils avaient besoin pour leur enseignement. C'est aussi le cas dans les familles dans lesquelles un usage professionnel direct est nécessaire (professions libérales, agriculteurs, artisans), ce qui amène l'ensemble de la famille à s'investir autour de la machine.

Je demande des travaux avec ces outils
La première attitude consiste alors à demander à ceux qui utilisent l'ordinateur de fournir des matériaux sur lesquels il sera possible de travailler. C'est ainsi qu'on demande aux étudiants, aux élèves de produire des documents avec ces supports, puisqu'ils les maîtrisent.

J'enseigne en proposant ces outils
S'appropriant petit à petit les compétences à récupérer de l'information pertinente, l'enseignant développe une deuxième attitude qui consiste à introduire ces outils comme support pour ses enseignements. Transparents, documents de base issus d'Internet, voir des présentations sur ordinateur deviennent des outils au service de l'enseignant pour améliorer la qualité de ses cours.


3.4 L'acceptation impliquée

J'explore les potentialités techniques de l'outil
Le développement des compétences techniques permettant un usage réel et fréquent de l'outil est indispensable. Ce temps d'exploration et d'appropriation personnelles peut paraître long, mais se révèle incontournable pour développer outre des habiletés techniques, une culture technologique fondamentale. Ainsi l'enseignant qui le souhaite va pouvoir se faire une représentation claire des potentialités de l'outil et en envisager une transposition dans sa pratique pédagogique.

Je construis des projets de recherche action
La mise en route d'une pratique régulière suppose des périodes de tâtonnement, de bricolage. La démarche de projet parce qu'elle permet une vision large d'une progression est la plus adaptée, surtout quand elle se veut " expérimentale ". C'est à dire que l'enseignant qui se met en route le fait avec l'esprit de celui qui fait et qui observe en même temps. Plus généralement, l'intégration des TICE dans l'enseignement passe presque obligatoirement par une démarche de projet d'action. La place donnée alors aux élèves devient essentielle pour passer de la phase d'appropriation à la phase de mise en œuvre pédagogique. Le danger est grand de voir s'arrêter alors le processus aux seuls enseignants et renforcer ainsi les pratiques pédagogiques traditionnelles.

Je propose des modalités d'intégration des outils
Proposer des modalité d'intégration des outils nouveaux, c'est être en mesurer de développer dans sa classe l'utilisation de ressources acquises auprès de certains revendeurs ou éditeurs. Cette phase développe chez l'enseignant la capacité à déplacer son apport dans le cadre du processus formatif. Il n'est plus le seul qui apporte de l'information, voire du cheminement aux apprenants.

Je construis des outils nouveaux
Très rapidement, des enseignants vont vouloir entrer dans des phases de production d'outils nouveaux. Cette attitude reste largement marginale, tant les résultats, s'ils veulent atteindre un niveau de qualité, demandent d'investissement humain et financiers. Cependant, à un niveau beaucoup plus raisonnable, et local, on observe de nombreuses productions d'enseignants, soit à destination de leurs pairs soit à destination des élèves. Souvent réalisés en lien avec des apprenants, dans le cadre de projets de productions, ces outils nouveaux permettent d'entrevoir de nouvelles attitudes dans le cadre d'une mutualisation des productions et la mise à disposition de ressources permanentes pour la formation.
L'implication nécessitée par ce type de démarche suppose qu'il y ait aussi un cadre légal de l'action permettant de protéger l'enseignant, surtout quand les productions sont amenées à être distribuées de façon assez massives. Toutefois, l'échelle industrielle minimale requise est très lointaine des habitudes en place. L'artisanat solitaire de l'enseignant ou du formateur doit donc se transformer en production solide et durable d'une équipe au sein d'un centre de formation. L'organisation des centres en sera forcément modifiée, mais on peut raisonnablement penser que cela profitera aux dynamiques des centres de formation.


3.5 Des exemples d'actions

Mise en place de salles multimédia
Au travers des différentes observations menées au cours des derniers mois, il est possible d'observer des actions menées dans différents centres de formation. Toutefois, ces actions n'ont pas fait l'objet d'évaluation en terme d'efficacité pédagogique. Elles sont donc essentiellement des pratiques liées à des structures mises en place.
Le cas le plus fréquent est la mise en place de salles multimédia. Ces salles sont parfois simplement la justification de quelques postes ayant éventuellement un lecteur de CD ROM, mais elles peuvent aussi êtres un ensemble de postes informatiques, dans une ou plusieurs salles, bénéficiant de ressources multimédia locales et partagées, ainsi que d'un accès en réseau à Internet. L'apparition de tels équipements correspond souvent à des demandes des étudiants, principalement autour de l'usage standard des ordinateurs d'une part, ou à la demande de quelques enseignants, de sensibiliser leurs étudiants aux ressources multimédia.

Mise en place d'outils intégrés aux pratiques existantes
Un certain nombre de formateurs ou de centres de formation ont intégré dans les dispositifs l'usage des technologies de l'information et de la communication. C'est principalement le cas de la rédaction des mémoires de formation à l'aide de l'ordinateur, mais c'est aussi parfois la recherche de documentations sur Internet ou sur CD ROM. On peut observer des lieux qui proposent même des outils dans le cadre même de l'enseignement et des séquences pédagogiques traditionnelles.

Mise en place d'espaces d'autoformation
On observe désormais le développement de centres d'autoformation. Comme les ateliers de pédagogie personnalisée (APP), ces lieux permettent à des stagiaires de gérer leur propre parcours de formation avec un accompagnement personnalisé, en s'appuyant sur des outils d'autoformation achetés ou fabriqués par le centre de formation. Ces espaces font partie intégrante d'un dispositif plus global de formation. Il s'agit d'intégrer l'idée que dans une formation, les apprenants ne sont pas dans des face à face constants avec des formateurs, mais qu'il y a des espaces qui permettent une initiative personnelle dans l'apprentissage. Plus largement c'est introduire un espace d'incertitude, de liberté dans un processus formatif. L'observation de ces centres montre que ces espaces restent très largement encadrés et accompagnés.

Mise en place de dispositifs intégrant la distance
Un certain nombre de lieux de formation expérimentent la mise à distance en formation. En dehors des expériences du genre CNED, on observe l'ouverture des formations dans l'espace et dans le temps. Pourtant nettement expérimentée dès le début des années 90 dans des expérimentations menées dans le cadre de l'UNAPEC, la formation à distance commence seulement dans nos milieux, à prendre place. Dans cette expérimentation, les outils messagerie électronique, de forum de discussion avaient été intégrés à côté d'outils d'autoformation et de regroupements. Dans d'autres lieux, c'est la visioconférence qui est utilisée pour permettre un tutorat entre le formateur et l'apprenant au cours duquel les travaux faits sur CD ROM d'autoformation sont évalués et accompagnés par l'enseignant.

Mise en place de réseaux
Enfin, le dernier mode de développement que l'on observe est celui des réseaux de formation. Assez proche dans l'esprit du travail fait sur les réseaux d'échange de savoir que promeuvent Claire et Marc Heber-Suffren, la mise en place des réseaux pour apprendre fait écho à l'idée des entreprises apprenantes, ou encore à l'idée de la co-formation. Avec les moyens technologiques nouveau, la mise en réseau devient un moyen particulièrement performant pour développer l'intelligence collective, basée sur la volonté des individus de collaborer. L'exemple des arbres de connaissances de Pierre Lévy et Michel Authier sur une idée de Michel Serres montre les potentialités de ces types de dispositifs, même si, pour l'instant, les résultats restent modestes.

4 Projet
Après avoir examiné les évolutions en cours, on peut essayer de tracer les contours de ce que pourraient être les projets de développement de la formation de demain et le rôle des formateurs et des centres de formation.
Examinant quatre niveaux successifs - l'être humain, l'enseignant, la formation, le centre de formation, on pourra essayer de définir la trame d'une culture nouvelle en train de se constituer, et surtout on peut proposer des pistes d'action pour accompagner cette évolution.


4.1 Projet pour un type d'Etre au monde

La société de marché
Les nouvelles conditions créées par la société de l'information et la mondialisation du modèle libéral semblent s'imposer à tous. Sans toutefois juger de l'accord de chacun avec ces nouvelles conditions, l'éducateur se doit de les prendre en compte dans son travail et de repérer les spécificités ainsi imposées afin d'engager une action fondée.
La notion de marché paraît donc s'imposer dans tous les champs de l'économie, l'éducation semble ne pas y échapper. Les travaux actuels sur l'industrialisation du bien éducatif nous montrent qu'un chemin nouveau est tracé à côté de l'école instituée. Confronté aux réalités imposées par ce marché, le formateur ou l'enseignant rentre ainsi dans un domaine concurrentiel. Les outils, les dispositifs sont mis sur un marché qui se déréglemente progressivement. Certes, la formation initiale des enseignants reste encore " protégée ", mais l'apparition d'une large littérature de préparation des concours d'IUFM montre qu'il existe un marché.

La culture
L'ensemble de la littérature actuelle bruit d'une nouvelle culture. Manuel Castells dans sa somme " l'ère de l'information ", nous propose trois ouvrages pour réfléchir à cette transformation sociale, ainsi que de nombreux autres auteurs comme Hervé Seyriex (Reprenons la bastille). La notion de changement culturel s'appuie sur la fin de la société de la production de biens et sur l'avènement de la société de l'information. Plus largement c'est l'acceptation d'une culture technologique d'une part et d'une culture de l'information communication d'autre part. On s'est surtout préoccupé du versant technique de cette évolution culturelle, il va être temps de se préoccuper du versant informationnel et communicationnel. Cela pourrait se traduire à terme par l'apparition dans la formation initiale, comme cela existe désormais dans les universités, d'enseignement spécifiquement consacré à ces domaines.
Par ailleurs, cette culture en émergence est fondée sur l'appropriation par les jeunes de ces outils de façon spontanée. C'est à dire que ce sont eux qui balisent le terrain des usages autant, voire davantage que les adultes et les concepteurs de ces outils. C'est pourquoi une attention très grande doit être portée à l'expression par les jeunes étudiants de ces modalités d'appropriation, dans leur travail, dans leurs loisirs comme dans leurs comportements.

L'identité
Le problème posé par la disparition de certaines frontières et l'apparition de nouvelles sous l'influence des technologies nouvelles est la constitution de l'identité. La virtualité de l'Autre au travers de l'écran pose la question de la construction de la personnalité, de la culture, de l'être au monde. Les spécialistes de la formation à distance ont fini par renoncer au " tout à distance " pour introduire du présentiel, de l'interaction dans les dispositifs de formation. Les travaux de recherche que nous avions menés au début des années 90 avaient montré combien l'identité du " se formant " passe par la notion d'appartenance, d'identification, particulièrement dans les dispositifs en alternance et à distance. Aujourd'hui encore davantage, les nouvelles pratiques montrent que l'on passe du village global au petit village virtuel. Cette constitution identitaire semble essentielle pour la réussite du processus formatif, surtout dans les actions de formation débouchant sur des changements professionnels importants.

La référence
L'émergence de cette nouvelle façon d'être au monde suppose qua chacun clarifie ses références. Un usage des technologies ne peut en aucun cas être confondu avec les références qui fondent cet usage. On relève souvent des propos qui laissent entendre que si l'on utilise les technologies, c'est pour former aux technologies. Mais cela ne suffit pas, on oublie que les technologies ont un sens lisible dans leur historicité, et que par ailleurs l'usage fonde aussi le sens. Les technologies n'apparaissent pas par hasard dans le champ social, elles relèvent d'intentions, les usages se construisent à partir de ces intentions et les confirment ou les trahissent. C'est alors que l'utilisateur se trouve renvoyé au sens de son action avec ces outils nouveaux. L'expression de cette référence est indispensable, en particulier lorsque l'outil est mis en œuvre dans des situations éducatives, pour celui qui le met en œuvre, pour celui qui utilise. Un cadre matérialiste et positiviste est très souvent présent derrière cette argumentation technologique disponible chez les zélateurs de ces outils. L'interrogation de ce cadre est impérative.

La professionnalité
A partir de cette prise en compte des éléments fondamentaux d'une action, il convient de réfléchir à la professionnalité qui en découle. L'écart culturel entre l'école et le monde extérieur est interrogé au travers de cette introduction des NTIC. Les enseignants sont donc dans une remise en cause de la qualité de l'acte professionnel, en comparaison avec d'autres milieux. Ainsi, l'exemple de la vidéo à l'école a-t-il été rapidement réglé par la différence très nette entre les productions scolaires et les productions de l'audiovisuel professionnel. La pratique télévisuelle des jeunes induit une demande qualitative forte sur tout usage scolaire de cet outil. Il n'y a pas de raison pour que cela change avec l'informatique. L'écueil du contraste entre le plaisir du jeu vidéo et l'austérité du logiciel pédagogique suppose de réfléchir à d'autres voies de professionnalité autour de ces outils. C'est en particulier en se repérant sur les autres usages professionnels de ces outils dans d'autres milieux qu'il sera possible de construire des bases de cette professionnalité. Si cela est relativement simple sur le plan technique, sur le plan sociologique et psychologique, les choses sont plus compliquées. En effet les transpositions ne sont plus opérantes entre les milieux professionnels. La réflexion à mener touche aux représentations sociales et mentales qui sont à travailler dans le cadre de l'enseignement.


4.2 Projet pour un type d'enseignant

L'efficacité
Construire un " nouvel enseignant " comme certains le proposent reste un projet ambitieux. Certes Philippe Perrenoud donne-t-il des pistes dans son ouvrage sur les 10 nouvelles compétences pour les enseignants, mais il reste que chacun construit son projet personnel professionnel au travers des influences externes et internes qu'il prend en compte.
La recherche de l'efficacité pédagogique est un des critères exprimés en premier face à de nouvelles méthodes, de nouveaux outils. Les technologies de l'information et de la communication sont évaluées aussi à partir de cela. Pour celui qui veut s'approprier l'outil, la nécessaire progression dans les compétences implique qu'il y ait corrélation entre l'appropriation et l'usage en matière d'efficacité. De l'usage personnel de l'outil à la construction de projets d'action pédagogique intégrant ces outils, il y a un développement logique en terme d'efficacité qu'il serait dangereux d'ignorer. Le premier plan informatique pour tous (IPT) avait subi les effets de cet oubli. Le pragmatisme actuel des enseignants et des formateurs suppose de prendre en compte le critère d'efficacité pédagogique. Nous ne parlerons pas ici d'efficience, car cela supposerait une évaluation du côté des élèves en terme de rendement. Or l'acte d'apprentissage fait appel à de nombreuses variables et en isoler une, ici l'usage des technologies, risque de nuire à l'analyse.

L'ouverture
L'impact particulier des technologies nouvelles, en particulier Internet, est de rendre possible une ouverture. Il est probablement plus facile d'échanger avec un collègue au travers d'un écran que dans une salle des professeurs… Cette remarque est fondée sur l'observation des réseaux d'échange de pratiques qui se mettent en place (liste de diffusion, forum, etc…) en comparaison des propos tenus par les enseignants dans les établissements. La capacité d'ouverture, c'est aussi la possibilité d'étendre l'espace d'action, d'information et de communication à un coût très faible. Plus largement c'est une modification de l'accès traditionnel de l'apprenant à l'information qui l'aide à construire les connaissances. Chronologiquement, les première pratiques laissaient au maître la responsabilité d'apporter les informations nécessaires. Puis, avec le développement des CDI, l'ouverture vers d'autres ressources devient possible pour tous. N'ignorons pas que des jeunes issus de milieux favorisés avaient déjà accès à de nombreuses ressources hors l'école. Avec l'arrivée d'Internet, suite au développement de l'audiovisuel grand public, c'est un foisonnement d'informations, voire une surdose qu'il faut apprendre à gérer. Les sources d'informations se multiplient sans pour autant être plus ou moins crédibles qu'avant, la disponibilité de messages " formatés " audiovisuel ou Internet sont autant de possibilités qui interrogent les pratiques de la formation et de l'enseignement. Chez les personnes ayant développé de bonnes capacités à l'autoformation, l'autodocumentation, ces outils sont un plus, par contre pour les autres cela peut générer des difficultés d'apprentissage importantes.

L'échange
Dans le prolongement de ces activités permettant d'ouvrir le lieu de formation et d'enseignement vers d'autres espaces, les possibilités d'échange sont multipliées avec les messageries électronique et leurs dérivés. Accepter l'apport des autres est une chose assez aisée, proposer ces apports aux autres est chose beaucoup plus difficile. Les utilisateurs des listes de diffusion sur Internet sont surtout des spectateurs et rarement des acteurs. C'est pourquoi la culture d'échange de collaboration, souvent exprimée comme un souhait mais très rarement réalisée, demande à être développée. Dès la formation initiale des futurs enseignants, il est nécessaire de développer cette capacité de collaboration. Toutefois, la vrai difficulté tient à la réalisation pratique de cette façon de travailler, quand elle est initiée en formation, ensuite dans le métier. La difficulté à déployer des réseaux d'échanges dans les établissements, les problèmes pour la mise en place des concertations dans les écoles sont des exemples illustrant bien cette question.

L'implication
Afin de rendre possible ces évolutions, il semble qu'il faille resituer l'ensemble de ces propos pour les mettre en perspective avec la notion d'implication. Les technologies de l'information et de la communication n'ont, a priori, rien à faire dans l'école, si l'on s'en tient au seul principe économique. Toutefois, l'analyse contextuelle pousse à agir, mais avec quelle énergie ? Celle de l'implication dans les enjeux du métier que l'on exerce. Le danger de la professionnalité prise isolément, c'est de définir des comportements et non pas des compétences. La différence est bien l'appropriation personnelle de l'intérêt, du sens du comportement adopté pour l'action. Introduire les TIC dans une pratique c'est forcément s'impliquer, dépasser des obligations, c'est donc un choix réfléchi.


4.2 Projet pour un type de formation

Formation fermée
Après avoir abordé la question du formateur, de l'enseignant, il convient de se poser la question de l'environnement professionnel au sein duquel il intervient. En premier lieu, le dispositif, le projet de formation constitue l'un des deux éléments, avec la structure administrative, de ce contexte. Développer des formations qui prennent en compte des potentialités offertes par de nouveaux outils, c'est faire certains choix importants en matière d'organisation, de pédagogie, etc…
Le principe de la formation fermée est celui sur lequel on est attiré de la façon la plus traditionnelle. Unité de temps, de lieu et d'action sont bien utiles pour structurer la formation. Toutefois, les apprenants dans ces types de dispositifs ont de plus en plus tendance à essayer de trouver des lieux ou des moments de fuite. Le jeune Pagnol se met à rêver pendant la classe… et bien d'autres encore.

Formation ouverte
L'ouverture de la formation comme nous avons pu en montrer diverses possibilité semble être un chemin prometteur, eu égard à l'évolution culturelle des jeunes de nos centres. Cette ouverture suppose d'intégrer globalement, et non pas ponctuellement, ces marques d'ouverture dans l'armature de la formation. Ainsi on permettra un assouplissement des modalités de formation, pouvant aller jusqu'à une reconfiguration en cours de dispositif. Cette gymnastique est évidemment très difficile à mettre en œuvre et suppose une forte souplesse.

Formation professionnelle/professionnalisante
Introduire des possibilités d'ajustement, c'est essayer de passer d'une formation professionnelle, pré-établie à une formation qui permet un parcours vers la professionnalité. Le changement de terme n'est pas neutre. Dans le premier cas on impose des comportements, dans l'autre on développe des compétences. Les outils technologiques que nous avons à notre disposition, dans la mesure où ils favorisent la multiplicité des situations dans un parcours de formation, sont de bons supports pour développer ces nouvelles formes. La possibilité d'être vu, de collaborer, de voir les autres en réflexion et en action est un moyen essentiel pour permettre d'initier un acte professionnel, et aussi de le poursuivre dans le temps.

Complétude et formation
Il est probable que le souci d'exhaustivité du formateur et du dispositif cache une réalité bien souvent constatée : la croyance en une formation " complète ". Accepter les espaces d'incertitude dans le montage d'une formation est souvent inquiétant, aussi bien pour les formateurs que pour les apprenants. Cependant, la pratique montre que rapidement, surtout dans les formations de longue durée, les apprenants s'emparent de nombreux espaces pour compléter la formation. Ces moments ne touchent d'ailleurs pas seulement les contenus, mais aussi les temps de maturation intellectuels et affectifs, les moments de repos, les temps d'approfondissement, etc… L'illusion du responsable de formation sera de rechercher la maîtrise de tous les instants, sa force sera d'accepter l'inattendu et l'incertain, voire de s'adapter à cela.

Identité et parcours initiatique
La mise à distance des apprenants en formation a montré la nécessaire attention à la question identitaire. Dans le cadre des formations initiales, les rites d'initiation sont essentiels pour permettre un passage à la professionnalité. Mais pour ce faire, il faut que le dispositif de formation permette une construction identitaire. Si elle est souvent repérable pendant les temps de formation, c'est dans le suivi, le service après-vente, qu'il est nécessaire de continuer à y porter attention On remarque souvent dans les propos des enseignants le sentiment d'isolement et d'abandon qui se traduit souvent par une insatisfaction professionnelle. La mise en lien, les réseaux sont des réponses possibles à ces questions. La lecture des sites Internet réalisée par des enseignants montre bien ce souhait de reconnaissance qui dépasse un simple cadre statutaire et qui exprime un besoin d'identité.

Des acteurs dans/pour un projet
La notion d'acteur est aujourd'hui devenue banale. Cependant la position d'apprenant met bien souvent à mal l'idée même. Les contraintes d'un concours renforcent au contraire la consommation de service. Si dans un tel contexte on peut comprendre que des jeunes se réfugient dans ce qui les rassure, on se demande comment les en faire sortir. Les espaces d'autoformation, réels et virtuels, sont des outils intéressants pour développer ce renversement. On peut considérer que l'opération aboutit quand l'utilisateur construit lui même le projet de sa formation, en s'appuyant sur les ressources qu'il sollicite.

4.3 Projet pour un type de centre de formation des enseignants

De la formation initiale à la formation tout au long de la vie
La structure de support d'un dispositif de formation détermine ce dispositif. Le cadre institutionnel de l'action n'est jamais neutre par rapport au dispositif de formation. C'est pourquoi il semble important d'être attentif à quelques points de repères qui orientent particulièrement l'action.
En premier lieu, le constat que désormais la formation au long de la vie est une réalité qui concerne aussi les enseignants. La raison en est en premier lieu le développement très rapide des flux informationnels et des échanges de connaissances. Toutefois, c'est dans le dispositif initial que se prépare cette façon d'envisager la continuité du processus formatif. Si la formation initiale ne se considère pas comme " terminale " mais comme " initiale ", elle réfléchira à la mise en place des outils pour faire passer ce paradigme. Mais au delà du temps de formation initiale, les centres de formation devront réfléchir, comme ils l'on déjà entamé, à la suite de la formation possible. C'est en particulier sur l'articulation entre le centre de formation et les lieux d'exercices de la profession que se fera cette réflexion qui devra aboutir sur des modalités concrètes d'action. Il ne s'agit pas de mettre en place de simples piqûres de rappel susceptibles de remémorer le bon temps de la formation initiale, mais de mettre en place un véritable stratégie, le plus souvent à distance d'accompagnement en cours d'emploi et de formation permanente.

Dimension de la culture technologique
Il devient indispensable de développer une culture technologique incluse dans la culture générale. La place prise par les outils technologiques dans la vie quotidienne est de plus en plus grande. Or ces technologies cherchent à se faire oublier, à devenir transparentes. On observe que notre environnement se peuple de technologies qui nous sont invisibles au premier regard. L'importance croissante de ces outils dans l'organisation sociale implique non seulement d'en prendre conscience, mais aussi d'en comprendre les logiques. Apprendre la lecture de l'image n'est pas comprendre le processus de production d'une émission télévisée ou d'un film. Ce deuxième aspect nécessite une connaissance technologique de plus en plus importante. Sans pour autant tomber dans l'excès des débuts de l'informatique et de la programmation en basic ou en pascal, il devient nécessaire de faire le lien entre le produit et le processus. La culture technologique devient donc partie intégrante de la culture générale.

Dimension de la multidisciplinarité
L'approche multidisciplinaire recouvre de nombreuses réalités souvent controversées (pluri, multi inter, trans, etc…). La question posée derrière ce terme est celle de la complexité. L'information qui arrive à l'utilisateur, sur un écran informatique, est une information que je qualifierai d'aplatie. En d'autres termes, l'ensemble des composantes qui génèrent un événement disparaît sous l'effet de l'informatisation. La synthèse que provoque le passage à la taille d'un écran est forcément réductrice de la réalité sous jacente. La seule approche disciplinaire produirait un effet lui aussi réducteur. De plus, si la surface de l'écran réduit, le lien hypertexte lui, par contre, augmente la possibilité multidisciplinaire d'un événement, d'un fait, d'une information. L'analyse selon une approche multi-référentielle devient désormais un travail indispensable en formation initiale.

Dimension de l'autoformation
La formation tout au long de la vie suppose que le jeune en formation initiale puisse apprendre à gérer sa trajectoire de formation en lien avec son projet personnel professionnel. Pour ce faire, développer les compétences à l'autoformation est nécessaire. Depuis l'intention, la motivation, jusqu'à l'acquisition de connaissances et la mise en œuvre de compétences professionnelles, un processus lourd est en œuvre que l'aptitude à l'autoformation doit rendre possible. L'habitude scolaire pèse lourd sur la conception des processus d'apprentissage que possède l'apprenant. C'est pourquoi, il nous semble que c'est dans la rupture avec cette habitude que l'on peut trouver des modèles de formation permettant de développer cette possibilité d'autoformation. Ce sera très difficile, une fois le centre quitté de se mettre en route. Il ne suffit donc pas de mettre quelques éléments d'autoformation dans le dispositif, mais bien de travailler cette culture comme constitutive de l'identité professionnelle.

Dimension de la collaboration
Il en est de même pour la collaboration dans le cadre professionnel. Le concours est en général un piège qui met en concurrence les gens et leur suggère des attitudes individualistes. Or de nombreux responsables professionnels sont demandeurs d'équipes qui sachent collaborer dans le cadre des projets professionnels. Cette rupture entre la sélection dans la formation et l'exercice de l'activité professionnelle nécessite un travail en formation initiale qui doit se poursuivre ensuite dans le travail de tous les jours. Être en mesure de partager, de proposer, de demander aux autres, avec les autres devient un enjeu de la formation professionnelle.

Dimension de la mise à distance
Plusieurs éléments conjoncturels et structurels concourent à développer la mise à distance en formation. Si l'argument de l'économie est le premier avancé, ce n'est pas celui qui sera le plus facilement mis en œuvre. En effet, la mise à distance en formation nécessite un investissement initial lourd. C'est plutôt du côté de la gestion de l'alternance que la mise à distance peut s'avérer très efficace en terme de formation. Les stages d'observation ou en responsabilité sont très profitables, mais la demande de suivi, d'accompagnement, d'entraide entre les jeunes est grande. Le tutorat, l'accompagnement sont des éléments essentiels de la mise à distance. Ils prolongent le fait que l'apprentissage est aussi fait en situation professionnelle et pas seulement en situation de formation. Il devient ainsi nécessaire de retravailler l'alternance, en particulier avec l'apport possible des nouveaux outils technologiques disponibles pour la formation.

Dimension de l'implication professionnelle
Enfin, le réexamen de l'implication professionnelle devient important dans un tel contexte. En demande-t-on davantage, ou autrement par rapport à une représentation traditionnelle du métier ? Cette interrogation se fait sentir au travers des apprentissages des outils technologiques. " c'est en plus du reste ", " il faudrait tout changer " etc.. Sont des propos fréquemment entendus dans les établissements scolaires. L'implication professionnelle se travaille dès la formation initiale, non seulement sur le plan de l'identification des référents, ce qui est indispensable, mais aussi sur les modalités d'action professionnelle en accord avec ces référents explicités. La demande actuelle d'authenticité des actes est à travailler dans ce cadre.

4.4 Culture, enseignement et nouvelles technologies

L'affrontement des trois mondes
En guise de synthèse, revenons sur l'affrontement de ces trois mondes. La rivalité qui oppose les uns et les autres, dans le débat actuel sur l'intérêt des TIC dans l'enseignement montre bien que les changements en cours sont douloureux. D'enseigner à éduquer, d'une culture de l'écrit à une culture de l'écran, on perçoit bien qu'il est plus aisé de diaboliser les points de vue. L'opposition se traduit aussi sur le terrain dans une lutte entre les moyens et les fins.

Des moyens et des fins
L'introduction des ordinateurs dans l'école, et aussi dans des centres de formation relève davantage de la stratégie de moyens que d'un véritable examen des finalités. La notion d'urgence de la décision est souvent un paravent à la véritable réflexion. Nous n'en sommes qu'au début de cette évolution de l'ère de l'information. Les pratiques se stabilisent lentement. Les outils nouveaux apparaissent trop vite. Le temps des technologies dépasse le temps de l'appropriation culturelle, et celui de l'apprentissage.

Un choix à faire en responsabilité
La nécessité de responsabiliser les décideurs suppose donc que la mesure des enjeux se traduise par des projets finalisés avant d'être des projets d'action à court terme. Cependant l'observation des évolutions actuelles n'est pas rassurante. On observe beaucoup d'équipements qui cherchent des usages dans les lieux fortunés. Fort heureusement on observe aussi des usages espérés qui attendent des équipements dans des lieux beaucoup moins fortunés. Un certain nombre d'enthousiasmes zélés du début commencent enfin à s'estomper et à laisser la place à une véritable réflexion à long terme.

Quels enjeux pour demain ?
Souhaitons que les véritables enjeux pour demain soient analysés à l'aune du long terme et non pas du retour sur " investissement " à court terme. Les engagements pris autour des technologies de l'information et de la communication se soucient peu du temps humain, mais ont tendance à lui préférer le temps machinique électronique. Les questions essentielles de la formation et de l'enseignement ne se réduisent pas aux " technologies " qu'elles utilisent mais bien au projet de construction humaine et sociale sous jacente.